Trois questions à : Blandine Branchereau, psychologue
et partenaire de la Ligue contre le cancer de Loire-Atlantique.

 

Blandine Branchereau, psychologue

Blandine Branchereau, psychologue

Comment les personnes malades ont-elles vécu le confinement ? 

Quand le confinement a commencé chacun(e) s’est évidemment mis(e) en retrait, chez soi. Les  personnes malades – qui connaissaient déjà cette impression de vivre un peu « hors du temps » – se sont senties moins seules à « subir » une telle situation. Elles ont eu le sentiment de refaire partie d’un même collectif face à cette crise sanitaire. Certaines d’entre elles ont ainsi mieux vécu cette mise à distance forcée et se sont autorisées à vivre à leur rythme, sans culpabiliser. 

Ensuite, il y a eu le constat qu’avec cette crise tout s’arrêtait pour une durée indéterminée. Cela a généré de l’anxiété, du stress (insécurité financière, crainte de perdre son emploi…).

Puis, l’épidémie de Covid-19 a fait peur. Combien de fois ai-je entendu « Pourvu que je ne sois pas hospitalisé. Avec mon cancer, je suis plus vulnérable. De ce fait, je ne serai pas prioritaire ; on s’occupera moins bien de moi », notamment chez les personnes souffrant par ailleurs de diabète, d’hypertension, d’insuffisance rénale…

Enfin, chacun(e) s’est appliqué à se recréer un cocon ; à s’aménager du confort dans sa bulle (couple, famille, télétravail…), et aussi à se rassurer sur sa situation : « J’ai de la chance d’avoir un jardin / de ne pas être seul / de ne pas être directement exposé au virus… ».

 

Quels sont les effets possibles du déconfinement qui s’annonce ? 

Le mot « déconfinement » est à la fois synonyme de joie et d’excitation mais aussi de crainte et de vertige. Ce sentiment ambivalent est normal. Nous avons hâte de reprendre notre vie d’avant mais nous appréhendons de renouer avec le monde extérieur car il va falloir se réadapter une nouvelle fois.

Tout changement, toute transformation génère systématiquement une phase de tristesse. Certain(e)s peuvent faire des cauchemars ce qui là encore est un processus psychique qui participe de la transition.

Des malades redoutent vraiment de s’exposer au regard des autres car leur traitement / la fin de leur traitement a modifié leur apparence.

Pour d’autres – qui ont connu un deuil pendant le confinement ou bien subi des violences conjugales ou bien encore repris avec des comportements addictifs -, la phase de déconfinement s’avère plus délicate. Un accompagnement par un médecin, un psychologue est souhaitable.

Quoi qu’il en soit, pour les personnes malades, le déconfinement n’est pas synonyme de délivrance car elles doivent encore lutter contre le cancer.

 

Comment mieux vivre la phase de déconfinement ?

Nul besoin de se mettre la pression. Le déconfinement doit être un processus progressif. Chacun d’entre nous est co-acteur de son déconfinement. À chacun son rythme, selon ses capacités. 

Il est nécessaire de remettre son corps en mouvement ; de retourner vers les autres, de préparer de belles retrouvailles. Attention à bien s’entourer : éviter la « contagion émotionnelle négative » véhiculée par des personnes trop angoissées.

Mieux vaut aussi ne pas regarder en continu les informations à la télévision. 

Il est important également de s’accorder de la douceur, de la bienveillance, de se poser dans le temps présent.

J’invite chacun(e) à  prendre du recul sur l’épisode que nous venons de vivre et à en tirer des enseignements personnels ; à être fier(e) de la façon dont il/elle a surmonté cette épreuve.